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En matière d’exemplarité

2026-03-02 - 04:37

La présence de Soa de Valiha dans la délégation présidentielle en déplacement à Paris, aurait pu passer inaperçue, comme beaucoup d’autres d’ail­leurs. Mais m’as-tu-vu a tout révélé. Photos de­vant la Tour Eiffel et en shoping... des clichés évoquant des moments de détente et publications personnelles, Paris vaut bien un détour. Pour une partie de l’opinion, ces images ont franchi la frontière entre mission officielle et escapade touristique. Pour­tant, elle n’occupe à ce jour, aucune fonction officielle clairement an­noncée au sein de l’appareil d’Etat. Sa participation au voyage présidentiel a donc suscité des interrogations. Mais c’est surtout sa communication sur les réseaux so­ciaux qui a mis le feu aux poudres, dans un contexte où chaque dépense publi­que est scrutée. Le président Michael Ran­dria­nirina s’est engagé à limiter les dépenses ju­gées superflues Sauf que la symbolique a pesé plus lourd que les explications. Suite à cette exhibition, la jeune femme connue pour son rôle actif, lors des manifestations de la génération Z en septembre et octobre 2025 et figure médiatique après ses affrontements avec les forces de l’ordre, est finalement devenue le symbole d’un débat sur l’exemplarité dans l’utilisation des deniers pu­blics. Communication, le talon d’Achille La question n’est pas tant de connaître le coût réel du billet d’avion ou de l’hébergement, mais celle de principe. Lors­qu’un déplacement est financé par l’argent du contribuable, l’exigence d’exemplarité incombe aux membres de la délégation. Le moindre geste perçu comme du « werawera », terme malgache désignant l’ostentation, peut cristalliser un malaise latent. La directrice de cabinet n’a pas tardé à rappeler les règles implicites qui encadrent la participation à une délégation officielle : « priorité à la mission, retenue dans la communication personnelle, prudence dans l’étalage de moments extra-professionnels ». Comme si au­cune instruction au préalable n’a été émise. Selon elle, dans un contexte de tension économique, l’opinion publi­que ne pardonne pas les signaux d’insouciance. L’ère des réseaux sociaux a transformé chaque pu­blication en acte politique potentiel. Une photo anodine peut devenir un sujet à polémique. Mérite ou maladresse ? Les soutiens de Soa de Valiha avancent un autre argument : la jeune fem­me aurait « payé de sa personne » lors des manifestations de 2025 et mériterait, à ce titre, une reconnaissance. Mais cet argument moral se heurte à une logique institutionnelle plus stricte : la gestion des fonds publics ne repose ni sur la récompense militante ni sur la popularité. L’intéressée consciente de la controverse, a choisi l’apaisement. Dans un message empreint d’humilité, elle a remercié ses « Aînés » et « Parents » pour leurs remontrances, promettant d’en tirer des leçons. Un positionnement qui semble viser à désamorcer la polémique sans l’alimenter. Cet épisode révèle une sensibilité de l’opinion à l’usage de l’argent public. A l’heure où les contraintes budgétaires s’imposent, la moindre apparence de privilège peut suffire à déclencher une tempête médiatique. En réalité, un régime en quête de confiance ne peut plus se permettre la moindre ambiguïté symbolique. Tivo Rasam

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