Je donne donc je suis
2026-02-20 - 04:26
À Toamasina, la majorité de la population peine à se remettre du passage dévastateur et meurtrier du cyclone Gezani. Mais, les images des rues inondées, des toits envolés et des familles déboussolées ont laissé place ces derniers jours à un autre phénomène, c’est celui de la générosité mais aussi de la mise en scène. Une internaute a mis en avant le fait que certains profitent de la situation pour briller un peu plus sous les projecteurs. Car oui, dans le monde d’aujourd’hui, tout se raconte, tout se montre, tout se poste. Un don ne serait presque digne de ce nom sans la petite photo qui l’accompagne. On s’étonne de voir des bienfaiteurs qui pensent d’abord à soigner leur image, en train de distribuer des sacs de riz aux sinistrés. Certains se pressent pour laisser leur signature visuelle, d’autres enchaînent les selfies comme s’ils étaient venus tourner un clip humanitaire. Bref, la compassion à l’heure du numérique a parfois des airs de séance photo. En tout cas, soyons honnêtes, ce n’est pas entièrement mauvais. À l’ère des réseaux sociaux, être visible, c’est presque une obligation. On communique pour montrer qu’on est sur le terrain et qu’on s’engage pour la bonne cause. C’est la règle du jeu car si ce n’est pas documenté, cela n’a pas existé. Et puis, les présences ont aussi un côté positif car elles inspirent les autres à faire pareil. Ne tirons donc pas à boulets rouges sur ceux qui utilisent leur téléphone. Parfois, la photo est un moteur de générosité. Mais il y a photo et photo. Il y a l’image qui témoigne et l’image qui se met en scène. Et c’est là que le malaise commence. Car la solidarité n’a pas besoin de projecteurs, encore moins de filtres. On peut très bien montrer ce qu’on fait sans faire du spectacle. Et c’est là où ça devient de plus en plus inquiétant car ces derniers temps les sinistrés ne demandent pas de nombre d’abonnés. Ils veulent juste avoir les mains tendues. Et sur ce point, tout apport est bienvenu. Peut-être devrions-nous garder en tête une idée simple : donner, c’est d’abord un acte humain, pas un acte de communication. Aussi simple que ça. Rakoto