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Ordre des scrutins: enjeu stratégique silencieux du processus de refondation

2026-03-05 - 04:26

La réforme électorale engagée dans le cadre du « Programme de la refondation de la République de Madagascar » affiche une ambition claire : garantir des élections libres et transparentes. Refonte de la liste électorale, enrôlement biométrique, révision du cadre juridique, transformation de l’organe de gestion des élections... Le chantier est vaste. Mais derrière ces transformations techniques et institutionnelles se dessine une question plus politique, encore peu débattue publiquement : l’ordre des scrutins. A ce stade, le calendrier officiel prévoit une élection présidentielle entre septembre et décembre 2027. En revanche, aucune mention explicite n’est faite des élections de proximité dans ce calendrier. Et pour l’instant, cette séquence ne suscite pas de controverse majeure sur la scène publique. Débat structurant L’ordre dans lequel se tiennent les élections peut peser lourdement sur les équilibres politiques. En effet, organiser une présidentielle avant les scrutins locaux n’est jamais neutre. L’élection du chef de l’Etat a un effet d’entraînement. Elle mobilise davantage, structure les alliances et redessine les rapports de force. Une victoire présidentielle peut renforcer l’assise territoriale du parti au pouvoir lors des consultations locales suivantes. Inversement, des élections de proximité organisées en amont peuvent révéler des dynamiques ré­gionales, tester la popularité du pouvoir central et donner à l’opposition des points d’ancrage avant le scrutin national majeur. Dans plusieurs contextes africains, la question du ca­lendrier électoral a constitué un enjeu stratégique dé­ter­minant. A Madagascar, le débat reste pour l’heure discret, mais il n’en est pas moins structurant. L’urgence est encore dans la crédibilisation du processus plutôt que le calendrier des scrutins. D’ailleurs, lors d’un échange avec la diaspora à Paris, le président Michael Randrianirina a indiqué, à Paris fin février, qu’il appartient à la Concertation nationale de déterminer l’ordre des scrutins nationaux. Cette instance apparaît ainsi comme le cadre politique appelé à trancher. Test de sincérité Il faut rappeler toutefois, d’autant plus que le chronogramme du « Programme de la refondation de la république annonce la Présiden­tielle entre septembre et dé­cembre 2027 sans mentionner les élections de proximité, que l’ordre des scrutins dé­passe la simple organisation administrative. Cet ordre renvoie à une vision sur l’équilibre des pouvoirs et la structuration du pluralisme politique. Alors, faut-il con­solider d’abord la légitimité nationale avant de renouveler les bases locales ? Ou, au con­traire, ancrer la dynamique démocratique dans les territoires avant de choisir le chef de l’Etat ? Pour l’instant, la prési­den­tielle de 2027 reste l’horizon fixé par le programme de refondation. Comme la con­certation nationale, le débat sur le calendrier électoral n’a pas encore abouti. Mais à mesure que le processus de refondation avancera et que les échéances se préciseront, l’ordre des scrutins pourrait devenir l’un des véritables tests de la sincérité et de l’inclusivité du processus. Car dans toute transition institutionnelle, le calendrier n’est jamais neutre : il est un ins­tru­ment politique à part entière. Tivo Rasam

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