TheMadagascarTime

Toamasina face à l’urgence : l’électricité, priorité absolue après Gezani

2026-02-13 - 04:49

Au lendemain du passage de Gezani, Toamasina offre le décor saisissant d’un film post-apocalyptique. Depuis mardi, la ville est quasiment à l’arrêt : les activités ont cessé, les rues se sont vidées et les habitants n’ont qu’une priorité en tête, le rétablissement de l’électricité, étape indispensable pour amorcer la réhabilitation. Miarana Ramamonjisoa, pasteur d’une église baptiste à Toamasina, n’a pas fermé l’œil dans la nuit du 10 février. Après avoir mis sa famille à l’abri, il est resté éveillé, immobile derrière sa fenêtre, témoin impuissant de la violence des vents de Gezani. Sous ses yeux, l’église locale, située juste en face de sa maison, était peu à peu arrachée par la tempête. Au petit matin, lorsqu’il sort constater les dégâts, le constat est sans appel : il ne reste que des ruines. Le toit a été entièrement emporté, plusieurs bancs endommagés, et les équipements (sonorisation, baffles, ventilateurs) sévèrement abîmés par les intempéries. Malgré le choc, le pasteur garde l’essentiel en tête : “Pour le moment, le plus important, c’est la vie. Nous sommes reconnaissants d’être en vie. Aujourd’hui, nous aidons les personnes autour de nous, nous nous serrons les coudes. Le matériel peut attendre.” Alexandra vit à Ambohijafy Nord avec sa famille. Leur maison, par chance, se situe au milieu de plusieurs habitations, ce qui les a partiellement protégés de la violence des vents. Au lendemain du passage de Gezani, lorsqu’elle ouvre enfin les fenêtres, le choc est immense : tout autour d’elle, ce ne sont que des ruines. Les maisons voisines ont été entièrement détruites. Des toits arrachés se sont retrouvés dans sa cour, et sa porte est bloquée par un amas de débris (bois et tôles emportés par la tempête). À cet instant, Alexandra n’a aucun moyen de communication. Sans téléphone, sans informations, incapable de joindre sa famille, elle se retrouve totalement coupée du monde. Au lendemain du passage de Gezani, toute activité est à l’arrêt à Toamasina. Plus de travail, plus de commerces ouverts : chacun s’emploie à réparer ce qui peut l’être ou à chercher de quoi manger, charger un téléphone, ou simplement tenir. “Rien n’est ouvert ici. Nous avions eu la chance de trouver un magasin ouvert cet après-midi. Tous les magasins sont fermés, ainsi que les épiceries et les stations-service. Nous avons encore quelques vivres, mais j’ai vu des voisins qui n’avaient que quelques biscuits”, témoigne Alexandra. “Si on nous envoie de l’argent par mobile money, nous ne pouvons même pas le retirer car les cash point se font rares”, témoigne Miarana Ramamonjisoa. Comme pour beaucoup d’habitants, la priorité est désormais le rétablissement de l’eau et de l’électricité. Alexandra cherche une solution de panneaux solaires pour aider sa famille : recharger les téléphones, rester en contact avec les proches et accéder aux informations. L’eau est disponible grâce au puits, mais elle n’est pas potable. Elle a donc dû sortir acheter de l’eau en bouteille, en vain, les stocks étaient déjà épuisés. Pour Miarana Ramamonjisoa, la priorité absolue reste l’insécurité. Au-delà du retour de l’électricité, il insiste surtout sur la nécessité de déployer des forces de l’ordre dans chaque quartier, une situation qu’il décrit comme la plus difficile à vivre actuellement. Chez lui, les réserves alimentaires permettent encore de tenir une semaine, mais après, l’incertitude demeure. “Nous pouvons encore manger, mais les rations ont été divisées par trois”, confie-t-il. La famille vit désormais au strict minimum, limitant au maximum les dépenses. “Nous espérons recevoir une aide du bureau central de l’Église, mais du côté de l’État, nous n’avons encore aucune information”, ajoute-t-il. De son côté, Alexandra évoque une aide provenant des autorités, mais réservée aux habitants des maisons en bois ou totalement détruites. “Les carnets de fokontany ont été collectés, mais seulement pour certaines personnes. Nous ne figurions pas sur la liste”, confie-t-elle. Le passage de Gezani a fait plus d’une trentaine de morts et causé 80% de destructions à Toamasina, principal port et poumon économique du pays. Le colonel Michaël Randrianirina, président de la Refondation de la République, s’est rendu sur place avec une délégation pour constater l’ampleur des dégâts. Déjà présent dans la région avant le cyclone, il a annoncé le lancement d’un appel à l’aide internationale afin de soutenir la riposte post-cyclonique. Au sein de la population, la solidarité s’organise. Des cagnottes en ligne, notamment sur Leetchi, ont été ouvertes sur les réseaux sociaux au profit de familles sinistrées, d’églises et de communautés touchées, dans l’espoir d’aider Toamasina à se relever. Selon le ministère de l’Énergie et des Hydrocarbures, le rétablissement de la fourniture d’électricité devrait prendre environ deux semaines. En attendant, la ville reste plongée dans le noir. Si la reprise des activités est annoncée pour le 13 février, de nombreux habitants demeurent dans l’incertitude. Face à une situation encore chaotique, beaucoup ignorent comment — et même si — ils pourront reprendre le travail. Nambinina Jaozara

Share this post: