Universités publiques: « La qualité de l’enseignement se détériore », selon le Pr Jonah Ratsimbazafy
2026-01-28 - 05:33
Le professeur Jonah Ratsimbazafy, primatologue et non moins président du Groupe d’étude et de recherche sur les primates (Gerp) de Madagascar et directeur de « Houston Zoo Madagascar Program », a dressé un constat sans appel de la détérioration de la qualité de l’enseignement universitaire public. Il en explique les raisons ouvertement. *Les Nouvelles : Pour commencer, pouvez-vous nous parler de votre parcours professionnel ? - Professeur Jonah Ratsimbazafy : Bachelier en série D en 1980, j’ai choisi la filière Sciences naturelles en 1982, après avoir accompli le service national hors des forces armées. J’ai décroché ma licence en 1986, la Maîtrise de recherche en 1987, puis le Diplôme d’études approfondis (DEA), la Master II actuelle. Puis en 1995, j’ai continué mes études à l’université Stony Brook to Long Island New York aux Etats-Unis où j’ai décroché le diplôme de doctorat de recherche en anthropologie primatologie (PhD) en 2002. De retour à Madagascar, je suis devenu coordonnateur scientifique de l’ONG Durrell Wildlife Madagascar et en même temps enseignant vacataire au sein de la Faculté des sciences, de l’Ecole supérieure des sciences agronomiques, de la médecine vétérinaire ainsi que dans plusieurs établissements supérieurs-privés, depuis 2002 jusqu’à maintenant, aussi bien au pays qu’à l’étranger. *Actuellement... ??? - Actuellement, je suis président du Groupe d’étude et de recherche sur les primates (Gerp) de Madagascar et directeur de « Houston Zoo Madagascar Program ». L’université d’Antananarivo m’a décerné le « Docteur Honoris Causa » en août 2023. *Quelle est votre plus grande fierté dans votre parcours et votre vie ? - Une de mes plus grandes fiertés est d’avoir donné en mon honneur le nom de « Microcebus jonahi » à la 112e espèce de lémurien découverte par les scientifiques dans le Nord-est de Madagascar. * Face à cet immense parcours, que pensez-vous de la qualité de l’enseignement au sein de nos établissements supérieurs ? – Mon premier constat est une régression. A preuve, le classement mondial de nos universités ne cesse de reculer. Je n’irais pas jusqu’à dire que le niveau des enseignants actuels est répréhensible, mais force est de constater que les anciens ont été toujours les meilleurs, même s’ils ont les mêmes titres et grades. En conclusion, l’enseignement supérieur à Madagascar est en détresse. La source de la fuite de cerveaux auprès des anciens. * D’après-vous quelles en sont les causes ? – Il y en a plusieurs, pour ne citer que la vétusté des infrastructures qui souffrent d’un déficit d’entretien et la capacité d’accueil. De mon temps, on a appliqué le système d’Unité de valeur (UV), pour obtenir la licence, contre le système « moyenne » actuel, permettant aux étudiants de négliger ainsi certaines matières. Force est aussi de constater le nombre considérable d’enseignants vacataires par rapport aux professeurs titulaires. Tout cela sans parler de la politique politicienne au sein des universités ainsi que la corruption et les faux diplômes. Sur un autre plan, les pouvoirs qui se sont succédé n’ont pas accordé de l’importance à l’enseignement supérieur. A preuve, 0,01% du budget général de l’Etat seulement est affecté à la recherche. *Mais, on est à l’heure de la refondation... - C’est notre espoir de redresser la situation. Et autant dire que les réformes engagées, commencent à faire ses preuves avec la lutte contre les faux diplômes et la corruption. Propos recueillis par Sera R.